20 mai 2017

Si c'était le dernier...


Ces mots ne sont pas de moi et pourtant, il fallait que je vous en parle. Vraiment.
Parce que pendant 10mn51, j’ai pleuré. Pleuré, chialé, je me suis mordue les joues en croyant que ça limiterait les larmes qui me brouillaient la vue et les sanglots qui me nouaient la gorge.

Si c’était le dernier, le dernier message, comme une dernière révérence, comme un dernier présent – et quel présent – de Diam’s à un public qu’elle s’apprêtait à quitter.

Vous me demanderez pourquoi Diam’s, alors que je suis plutôt Cabrel, Renaud, Django ou Avishai. Vous me demanderez pourquoi du rap ici sur ce blog qui parle de soin et de bienveillance…  Et bien lisez. Vraiment. Sans a priori si vous le pouvez. Et si vous avez le temps et le silence pour, encore mieux, écoutez. Ecoutez sa voix qui se brise devant le vrai du message qu’elle transporte, ici

Des mots qu’elle écrit pour dire l’enfer de la psychiatrie comme réponse à l’envie d’en finir mais aussi la solitude immense qui s’invite, les amis fuyant à mesure que les problèmes arrivent. Ce qui est tout aussi vrai pour certains de nos malades et leurs proches.

Cette chanson c’est l’histoire d’une nana qui a enfin trouvé le costume à sa taille, qui a rencontré son âme, qui l’a laissée prendre la place qu’elle méritant dans son coeur. Une jeune femme qui se cherchait et qui après l’enfer a trouvé le sens que ça a, tout ça.

Cherchez-vous. Ces mots, ils nous ressemblent à tous. Soignants, soignés, malades physiques ou psychiatriques, âmes en peine dans la quête du bonheur. A moi et vous peut-être, nous qui ne comprenons pas la violence de ce monde et qui ayons tant de mal à ne pas la laisser nous blesser. A vous et moi, qui tentons d’adoucir la vie des autres en leur tendant doucement la main.

Asseyez-vous. Ecoutez ou lisez mais méfiez-vous y’a presque plus de mouchoirs :

A l'approche de la trentaine j'appréhende la cinquantaine
Mais seul dieu sait si je passerais la vingtaine,
Mon avenir et mes rêves sont donc entre parenthèses
A l'heure actuelle j'ai mis mes cicatrices en quarantaine
J'écris ce titre comme une fin de carrière
Je suis venue j'ai vu j'ai vaincu puis j'ai fait marche arrière
S'il était mon dernier morceau j'aimerais qu'on se souvienne
Que derrière mes balafres se cachaient une reine


Voici mon mea-culpa, non Mel ne coule pas non
Et si le rimmel coule sache que mon cœur ne doute pas
Je suis entière et passionnée rêve d'amour passionnel
Et toi mon cœur Sos So est-ce que tu m'aimes?
J'ai vu le monde sous toutes ses coutures, avide de point de suture
A l'usure elles m'ont eue, ouais mes putains de blessures

Je vis en marge de ce monde
Depuis que j'ai goûté l'enfer
Qu'il fait sombre tout en bas quand t'es perdu sans lanternes

J'ai posé un genoux à terre en fin d'année 2007
On m'a dit Mel soit on t'interne soit on t'enterre
Qui l'aurais cru moi la guerrière j'ai pris une balle en pleine tête
Une balle dans le moral il parait que j'ai pété un câble
Parait que j'ai fait dix pas vers dieu depuis que j'ai sombré
Paraitrait même que je vais mieux depuis qu'on m'a laissée tomber
Car c'est comme ça dans la vie quand tout va bien t'as plein d'amis

Puis quand t'éteins t'entends une voix qui dit t'es seule, Mélanie
Relève toi pour ta mère au moins fais le pour elle
Relève toi pour tes frères et sœurs qui aiment tes poèmes et font Hoyo le soir dans les salles
Hoyoyoyo quand tu chantes petite banlieusarde

T'entends une voix qui te dit bats toi au moins pour lui
C'est peut être l'homme de ta vie peut être le père de ta fille
Et puis la voix se fait rare et tu t'écroules
Y'a plus de Mtv-Award a l'hôpital pour t'aider quand tu coules
Car je l'avoue ouais c'est vrai j'ai fait un tour chez les dingues
Là ou le bonheur se trouve dans des cachetons ou des seringues
Là ou t'es rien qu'un malade rien qu'une putain d'ordonnance

Au Vesinay, à Saint Anne t'a peut-être croisé mon ambulance
J'ai vu des psys se prendre pour dieu prétendant lire dans mon cœur
Là-bas, là ou les yeux se révulsent après 21 heures
Seule dans ta chambre quand faut se battre tu déchantes
Ces putains de médocs sont venus me couper les jambes
Au fil du temps sont venus me griller les neurones

Ces charlatans de psy ont bien vu briller mes euros
Tous des menteurs tous des trafiquants d'espoir
C'est juste que j'avais un trop grand cœur pour un avenir trop illusoire
Prenez ce titre comme un pavé dans la gueule ou dans la marre
Vous n'arrêterez pas mes coups de cœur avec du loxapac anti psychotique, antidépresseur, anti anti
Normal que vous soyez folle vous êtes trop gentille, gentille
En vrai je suis comme tout le monde mi sagesse mi colère

Eux m'ont dit vous êtes malade a vie vous êtes bi polaire
Moi j'y ai cru comme une conne alors j'ai gobé
Vu de quoi calmer mon cœur au fond d'un gobelet
Le visage marqué par mes démons ouais j'ai pété les plombs
C'est fou comme y'a du monde quand tu vas taper le fond
Ils sont heureux quand tu t'écroules car tout un coup ils se sentent fort

Mais quand je faisais jumper les foules eux ils étaient morts
Ouais ils étaient morts de jalousie donc heureux que diam's crève

Et quand bien même ce fut vrai Mélanie se relève
Aujourd'hui Mélanie plane j'appelle ça ma renaissance
Quand mon ventre est plein j'ai le cœur plein de reconnaissance
Au final c'est toujours les mêmes toujours les vrais qui me soutiennent
Ceux la même qui m'aiment que je pleure de rire ou de peine

J'écris ce titre comme-ci c'était le dernier de ma vie
Besoin de cracher ce que j'ai à dire besoin de te raconter ma crise
À l'heure qu'il est ici-bas si je jure que je vais bien
C'est que tout le temps derrière moi tu peux croiser Sébastien
Laisse-moi rendre hommage à ceux et celles qui m'encouragent
Les seuls qui peuvent prétendre faire partie de mon entourage
Un jour j'ai changé de phone sans prévenir personne
Et là j'ai vu ceux qui ont cherché des nouvelles de ma pomme

Souvent je me dis à ma place qu'est-ce que t'aurais fait si t'étais Diam's?
T'aurais fait péter le champagne ou tenté de t'acheter des lames?
T'aurais profité de ta gloire pour snober ton public?
Ou comprendre qu'avec ta gouaille tu pouvais aider l'Afrique?
Dis-moi t'aurais fait quoi si t'étais moi?
Est-ce que t'aurais tout claqué dans la soie ou vaqué dans le noir dis-moi?
Qu'est-ce que t'aurais fait? hein? Qu'est ce t'aurais fait?
Quand pour un simple crochet tout le monde t'intente un procès?
Qu'est-ce que t'aurais fait?
Acheter un plus grand plasma? Impossible vu que chez moi j'ai déjà un cinéma.
Ils sont mignons à les entendre faudrait ressembler à tout le monde
Je t'explique je ne suis pas aux normes tu le sais je suis trop ronde

T'aurais fait quoi si t'étais moi? T'aurais arrêté le rap?
Faut avouer que dans ce milieu y'a peu de relations durables
T'aurais fait quoi si c'était ton dernier show?
Réclamer des millions d'euros ou réclamer des des Hoyoo Hoyoyoyo
Moi c'est ce que je réclame Hoyoyo, pas que le public m'acclame
Mais qu'il chante avec moi nos douleurs communes

On est pareil vous et moi on fait péter le volume
J'entends rien je suis sourde quand les connards jactent
Quand les médias me traquent pour savoir ce que je cache
Je leur ai donné ma plume ils ont voulu ma main
Je leur en ai tendu une puis ils ont connu mon poing
Je suis rappeuse pas chanteuse hé qu'on s'entende bien
Je suis hargneuse pas chanceuse donc je ne vous doit rien.
Je suis gentille moi je m'énerve rarement
Mais respecte toi et on te respectera m'a dit ma maman.
Je les regards qui bataillent pour sortir du noir
Ils ne connaissent pas la taille des problèmes que t'apporte la gloire
Une épée de Damoclès au-dessus de la tête
On ne sort jamais indemne de la réussite ou de la tess
Pire encore quand ta pas de frère de père et que t'es seul
A calmer ton seum pour éviter de sortir un gun.
Plus je connais les hommes plus je risque de faire de la taule
Donc moi je côtoie de monde et moins je compte d'hématomes
J'aspire à être une femme exemplaire je l'avoue

Pas pour autant que si tu me tapes je tendrais l'autre joue
Non j'ai le sang chaud sans substance caribéenne 
J'ai juste un égo et une rage méditerranéenne
Je suis juste la progéniture d'une sacrée guerrière
Je suis la fille d'une armure

La grand mère du rap français
Aujourd'hui je suis en paix donc je peux aider
Plaider coupable si toutefois j'ai engrené des gens dans le pêcher
Quand je parlais de suicide ou de mes soucis
C'est comme si je n'avais pas saisi pourquoi on s'acharnait vivre
Ouais je sais ce que c'est d'être vide rien que des rides,
Plus de larmes plus de rire plus de rage au bide
Plus rien qu'y puisse de poster tu gobes pour te débloquer
Mais ton mal être n'est pas guéri t'es juste drogué

Solidaire envers les dépressifs
Solitaire car aucun être humain sur terre ne pourra vous porter secours
Cherche la paix on fond de toi-même
Je sais que t'aimerais qu'on te libère qu'on te comprenne quand tu saignes
Et que la vie n'a plus de goût

Faut savoir qu'à L'Hôpital j'ai comme perdu la mémoire
Donc du passé je ne garde que ce qui m'a donné espoir
Je comprends le monde maintenant je comprends les cons
En fin de compte on aura tous à rendre des comptes
Alors je m'empresse d'être une fille aimante
Envers celle qui m'a porté plus de 8 mois dans son ventre
Elle qui a souffert le martyr le jour de l'accouchement
Mérite bien que je la couvre de bisous et de diamants
Ouais je m'empresse d'être une adulte pour aider mes petites sœurs
Même si dans le tourbus je ressemble plus à Peter
J'aime le speed et l'attente la droiture et la pente
Car je suis le gun et la tempe.

Rien que je rappe car je ne parle plus trop ouais
Voici un égotrip très gros ouais
Voici mon plus beau titre
J'ai pris la locomotive en pleine course,
Émotive j'ai pris la connerie humaine en pleine bouche
Je suis trop fragile pour ce monde
Donc parfois je me barre mais si je tombe et bien je me relève et me bats
Y'a pas de place pour les faibles la vie est une lutte

Tu veux devenir célèbre? Sache que la vie de star est une pute.
Elle te sucre ta thune, te sucre tes valeurs
T'éloigne de la lune dans des soirées vip sans saveurs
Considère moi comme une traitre j'ai infiltré le système
Aujourd'hui je suis prête à n'me défendre que sur scène
Et peu importe si je vends beaucoup moins de disque
Ouais je prends le risque de m'éloigner de ce bizz ouais ouais
Je veux redevenir quelqu'un de normal qui se balade sans avoir 10 000 flashes dans la geule

Je suis trop simple pour eux
J'aime pas les strass moi
Tu veux savoir qui j'embrasse? Mais vas-y casse-toi
Laisse-moi vivre pépère laisse-moi rester simple
Pas besoin de devenir célèbre pour rester humble
En manque d'amour j'ai couru après la reconnaissance
Puis moi le petit bijou j'ai côtoyé l'indécence
J'écris ce titre comme si j'étais toujours en bas
Besoin de cracher mes tripes
Besoin de te conter mes combats
Je suis guérie grâce à dieu j'ai recouvré la vue
J'ai péri mais j'ai prié donc j'ai retrouvé ma plume
Moi qui est passé 2008 sans écrire un texte
J'ai retrouvé mon équipe et l'amour des kilomètres
J'ai sombré tu l'auras compris donc tout s'explique

Le pourquoi de mon repli de mes voyages en Afrique
Oui j'ai compris que j'avais un cœur mais pas que pour mourir
Que là bas j'avais des frères et sœur des enfants à nourrir
Que toute cette gloire est utile si elle peut servir
À sortir du noir tout plein de petits qui rêvent de grandir
Ma plus grande fierté n'est pas d'être française résidente
Mais d'être à la base d'un projet dont je suis présidente
C'est maintenant que ça commence
Maintenant que ça tourne
Je joue un rôle de contenance du Sénégal au Cameroun
En 2009 j'ai fait un tour en Algérie au Mali au Maroc
En côte d'ivoire au Gabon en Tunisie

J'espère bien qu'avec le temps on aidera des hommes
À prendre soin des enfants de Madagascar aux Comores

C'est parti pour toute la vie si dieu me le permet
Elle était terne cette fille elle était triste et fermée
T'en sauras plus si tu guettes les news sur internet
avant la pick up fondation c'est pick up projet
Si c'était mon dernier album j'aimerais qu'on se souvienne
Que mon public est bénévole quand il l'achète dans les bacs
Moi avec l'argent du peuple je veux devenir sauveur
Donc si il faut donner l'exemple je suis le premier donateur
Si c'était mon dernier concert
J'aimerais que la scène me permette de véhiculer un message personnel
Oui j'aimerais que mon public sache que je l'aime
Perdue dans mes problèmes comme j'ai eu peur de vous perdre

Et si c'était mon dernier titre
J'aimerais que l'on garde de moi l'image d'une fille qui rêvait d'être reine auprès du roi
Si c'était mon dernier coup de gueule j'accuserais la France
Celle qui payera sa répression quand elle perdra ses enfants
Si c'était ma dernière rime je rapperais comme personne
Car aujourd'hui je préfère vivre et donner du courage aux hommes


Si c'était ma dernière soirée je verrai mes amis
Je ferais un gâteau tout foiré pour qu'ils me vannent toute la nuit
Si c'était mon dernier je t'aime je te dirais sos
Trouveras tu la bouteille que j'ai jeté dans la seine
Si c'était mon dernier câlin je le donnerais à ma mère
Et lui dirais que j'étais bien que c'était aussi bien sans père
Si c'était mon dernier regard il viserait la lune
Elle qui a éclairer ma plume éclairé mes lectures
Et si la mort venait me dire il ne te reste que 20 minutes
Et bien j'aurais souhaité la paix…
Et j'aurais rappé 10 minutes…

Diam's. Si c'était le dernier... 

6 mai 2017

Le temps de voir


« J’aurais mieux fait de mourir » me dit-elle à notre première rencontre.

J’ai pourtant tout fait comme il faut. J’ai frappé, j’ai dit « Bonjour » avec un grand sourire plein d’entrain, comme si j’étais la meilleure chose qui lui arriverait de la journée.

Elle m’a regardé d’un œil terne. La paupière tombante, les cernes bleus sur le teint pâle et cireux. Ses sourcils pâles et clairsemés se noient derrière les taches brunes qui s’éparpillent sur la peau fripée de son visage. Ses cheveux se sont raréfiés sur son front, ils végètent à l’arrière, gras et en bazar, mais qui irait se coiffer quand il faudrait déjà ne pas mourir de ce fichu truc qui lui est arrivé ? Elle ne sourit pas. On dirait qu’elle ne sourira plus. Ses lèvres sèches sont marquées de profondes ridules où quelques gouttes de café de ce matin sont restées piégées. Ses joues sont crispées vers l’intérieur, les mâchoires serrées comme s’il était si dur, simplement, d’être là.

Mme B. aurait préféré mourir et j’aurais préféré ne pas entendre ça. C’est plus facile quand on n’entend pas. Ça évite de dire de bêtises. Que peut-on répondre à cela ?

C’était un AVC. L’invité surprise de son dernier déjeuner en famille. La fourchette qui tombe soudain, la main qui peine à la ramasser, le rire qui couine un peu et puis les regards. Les sourires qui s’éteignent en la regardant rire, elle, de sa bêtise. Les « Tu es sûre que ça va Mamie ? » qui se heurtent aux « Allez, arrête ta blague, on a compris ». Le flou soudain, les détails d’une moitié de la table qui s’estompent, ça tourne un peu, oh là, qu’est-ce qui m’arrive.

Je marmonne un « oh non, il ne faut pas dire ça » puis sans transition « je viens voir comment vous bougez et si je peux vous aider à bouger… mieux ». Quelle maladresse. Mais je suis gentille, je souris, ce n’est pas grave que d’être « un peu » maladroite, non ?

Mme B. n’est pas ravie de me voir. Pas ravie de devoir écarter sa blouse informe simplement posée sur son épaule gauche, le bras recroquevillé contre son cœur. Elle me dit qu’elle n’y arrive pas, que son bras ne bouge plus que sa jambe ne répond plus, qu’elle ne remarchera jamais.
Je dis qu’on ne saura pas tant que je n’aurai pas regardé, qu’il ne faut jamais dire jamais et qu’on va travailler ensemble pour qu’elle récupère le MAXIMUM.
Toujours leur donner de l’espoir, non ?

Son membre supérieur est raide comme un bout de bois, ses ongles striés, cassés s’enfoncent dans sa paume moite dont la peau jaunie est craquelée par endroit, une odeur rance presque fétide vient se coller à mes doigts qui essayent vainement d’ouvrir les siens 
« Vous perdez votre temps, ça ne marche pas » me dit-elle d’un air éteint » 
« Essayez avec moi, regardez vos doigts, imaginez que c’est vous qui les faites bouger, ça aide »
Ni l’entrain ni les phrases toutes faites apprises en cours ne font  de miracle. Rien ne bouge. Mme B. est bien trop lasse pour rétorquer qu’elle avait raison. Mon esprit s’en charge à sa place.

Au membre inférieur c’est un peu différent. Pas de spasticité, pas de raideur mais pas de mouvement. La commande motrice est réduite à néant ou presque. Je crois voir frémir un orteil ce dont je me réjouis haut et fort pour ne pas « mettre le patient en échec ». On m’a dit que je n’aurai pas mon diplôme si ce n’était pas écrit noir sur blanc dans mon mémoire, c’était donc vraiment, vraiment important. Non ?

Je n’ose pas tenter de la lever seule. Je n’ose pas non plus aller voir les aides-soignant(e)s pour leur demander s’ils y arrivent. Je viens d’arriver dans ce service, je connais leurs noms, leurs prénoms, tous les grades et l’âge de leurs gamins. Je sais qui est ami(e) avec qui et sur qui on peut compter ou non, tout ça parce que je l’ai entendu mais je n’ai parlé à personne. Pas encore. Elles sont trois ou quatre à rire au fond du couloir et je n’ose pas interférer. Je ne voudrais pas les « déranger ».

Faut dire, on m’a toujours dit à l’école qu’il fallait favoriser les prises en charge pluri-professionnelles mais j’ai rarement vu un kiné aller demander à un(e) aide-soignant(e) des informations au sujet de l’autonomie d’un patient. Comme si un accord tacite ne nous enjoignait à leur parler que pour leur demander d’aller changer une protection ou accompagner un patient aux toilettes pour que nous puissions faire NOTRE travail correctement. Mais pas pour parler. Pourquoi faire ? 
Les aides-soignant(e)s ne feraient pas partie du « pluri » ?
[Levée de bouclier dans 5, 4, 3, 2, 1…]

J’ai toujours de l’entrain dans la voix et je promets à Mme B. que nous essayerons de la lever. Demain. Elle ne dit rien mais ses yeux tristes, un peu humides, si fatigués me regardent avec douceur. Un genre de « vous pourrez toujours essayer » pour ne pas me vexer alors qu’elle sait pertinemment que je vais échouer. Ce que moi je ne veux toujours pas entendre.

Marcher c’est espérer. 
Et c’est la seule réponse que j’ai trouvé à son envie de mourir.

Je reviens avec une collègue le lendemain comme convenu.
Mme B. nuance ses propos : « j’ai hâte de mourir ».
Ma collègue aguerrie répond avec un grand sourire « il y a trop de monde là-haut, il va falloir attendre qu’une place se libère ».  A l’époque, j’avais trouvé ça drôle et pertinent. Pas Mme B. visiblement. Elle aussi, elle doit préférer ne pas entendre parfois.

Comme prévu, la verticalisation est un échec cuisant. Je m’accroche à son bras paralysé et puis je me rends compte de mon erreur (ne jamais tirer sur un membre supérieur neurolésé m’a-t-on appris!), j’attrape par dépit la frange de la protection qui dépasse de sa blouse informe et je la pousse en avant par le haut des fesses. Ma collègue s’arc-boute sur son bras valide et l’encourage.
« Allez Mme B. un petit effort, allez ma belle ! ».

Elle n’est pas bien belle Mme B. avec ses joues crispées, son teint cireux, la sueur qui perle sur son front, la longue trainée de café séché au coin de sa bouche, la blouse entreouverte et la protection gonflée sur les fesses à demi-découvertes.

Nous interrompons le massacre. Je remercie ma collègue.
« Allez ma belle, reposez-vous, demain vous y arriverez ».

Les échecs se succèdent de jour en jour. Mme B. se recroqueville sur le fauteuil qu’elle ne quittera plus, elle le sait mieux que nous. J’ai l’impression qu’elle essaye de disparaître dans les plis de sa blouse trop grande, parfois tâchée « de propre ». Chaque jour, l’accueil est le même. Las. Désespéré. Chaque jour, elle me dit son envie d’en finir, qu’elle ne sert plus à rien ici, en passant sa main valide aux ongles jaunes dans ses cheveux peignés à la hâte en arrière par un(e) soignant(e) pressé.

J’ai de plus en plus de mal à entrer dans la chambre. La noirceur de son cœur étouffe mon entrain. Je cesse systématiquement de chantonner quand j’arrive dans le couloir. J’ai malgré tout du mal à me remettre en question. Je ne vois pas ce que je fais MAL dans mon travail.

C’était un jour comme les autres. Je chantonnais un vieux tube idiot dans l’escalier. La porte de sa chambre était presque fermée. Seul un filet de lumière en filtrait dans le couloir aveugle. Non, pas seul, avec la lumière un bruit. Un rire. Non deux, entremêlés.

C’était le bazar dans le couloir. L’entredeux de la fin des toilettes et le début du service des repas. Ce moment où les aide-soignant(e)s s’assoient quelques minutes s’ils ont réussi le marathon du jour un peu avant que la nourriture pour les patients n’arrive. Ça parlait fort dans la salle de repos.

Ce jour-là, je n’ai pas frappé. J’ai poussé la porte tout doucement de quelques centimètres.
Mme B. était dans son fauteuil, je devinais ses jambes dans le maigre entrebaillement. En face d’elle, il y avait cette fille brune aux cheveux courts. Une aide-soignante. Celle dont le regard si sombre peut vous clouer sur place quand elle se fâche. Elle souriait.
Elle tenait un miroir devant Mme B.
Elle lui a dit « Allez-y, je vous aiderai si c’est trop difficile à une main ».
Visiblement, ça l’était alors elle a repris un objet des mains de Mme B. et l’a approché de son visage en lui disant :
« Je ne suis pas forcément douée, dites-moi si je vous fais mal mais surtout, dites-moi si c’est comme ça que vous le faisiez, chez vous ».
« Chez vous ».

L’aide-soignante avait le dos moins droit que d’habitude, moins crispé. Ses gestes étaient plus lents, cela dit je l’avais rarement vu auprès d’une patiente, beaucoup plus dans le couloir à gérer un chariot et pas QUELQU’UN. Il y avait de la tendresse dans sa façon de se pencher vers Mme B., infiniment plus que je n’en n’avais jamais vu chez moi ou chez mes collègues qui m’aidaient à la « mettre en échec ».

Elle a reposé l’objet et a pris la main valide de Mme B. toujours avec cette tendresse incroyable – c’était donc possible d’être professionnelle et tendre à la fois et c’était beau à pleurer merde, en disant joyeusement « bon, si le visage vous va, voyons voir si les ongles sont secs ».

N’y tenant plus, j’ai frappé et je suis entrée. Les deux femmes, la soignante et la soignée se sont tournées vers moi. Il y avait du plaisir, de la fierté et du défi dans le regard sombre de l’aide-soignante qui avait grignoté quelques minutes de pause pour offrir ce moment à Mme B.

Il y avait une lumière étrange sur ses joues, dans son sourire, je comprendrais plus tard que c’est la lumière de ceux qui savent pourquoi ils sont là et pourquoi ils l’aiment ce job, une lumière que je n’ai eu de cesse de rechercher depuis cette première fois où je l’ai aperçue.

Mme B. avait tourné la tête. Ses cheveux avaient été lavés et coiffés en avant cette fois, masquant leur recul qui allongeait son front trop grand et taché par le souvenir d’un trop-plein de soleil.
Disparu le teint cireux pour un teint de poupée, toujours pâle mais plus lumineux, presque brillant de netteté, les joues rosies par un peu de blush de vieux rose dont j’apercevais la boîte et le pinceau d’un autre temps – celui des rires et de la santé, sur la tablette aseptisé d’un banal service dans un banal hôpital. Ses sourcils avaient réapparu par la grâce ou plus simplement d’un coup de crayon, le même dont elle avait estompé le brun cuivré sur ses paupières.

Plus de café au coin de ses lèvres, plus de bave ou de dentifrice, au contraire, des lèvres nettes, redessinées par un bâton de rouge à lèvres Chanel (une vraie femme porte du Chanel sinon rien), de l’avant, lui aussi. Il déborde d’ailleurs d’une petite trousse cousue dans un tissu à fleurs. Une trousse qui a suivi Mme B. jusqu’ici parce que malgré l’insistance des pompiers, elle n’a pas pu partir sans son sac. Ni sa trousse de maquillage. Une trousse que personne n’avait pris le temps de sortir, jusqu’ici.

D’ailleurs, au sale la vieille blouse estampillée « malade et bon à jeter », sur sa poitrine à la peau encore brunie de soleil, un chemisier en soie jaune. Une jupe droite, de la rayonne, un tissu noir à fleurs que la main valide de Mme B. époussetait nonchalamment, ses ongles nacrés d’un rose pailleté étincelant au soleil de midi.

Mme B. avait tourné la tête. Elle m’a regardée pour la première fois, vraiment.
Et pour la première fois j’ai vu Mme B. La Mme B. qui n’était pas QU’une malade, pas QU’une hémiplégie, pas QU’une vieille dame.

Et puis Mme B. m’a souri.

J’ai souri aussi. Et j’ai compris.
Pas un instant, je n’ai vu que ce qui n’allait pas, c’est que je ne l’avais jamais regardée, elle.
Pas un instant, je n’avais vu Mme B.

Pas une seule fois, je ne me suis pas assise une seule fois à ses côtés pour savoir qui elle était, ni ce qui lui faisait si mal dans celle qu’elle pensait être maintenant. 

Je me suis promis, juré, à l’avenir, de prendre le temps de voir. Vraiment.

Quand je suis sortie, Mme B. a regardé l’Aide-Soignante et lui a dit « Merci. Je me sens vivante, enfin, moi-même grâce à vous et ça tombe bien, aujourd’hui c’est mon anniversaire ».


Merci C. Pour ce moment. Et pour tout le reste. 

3 avril 2017

Le vieil homme et le magnolia

La voiture sent la menthe. Les chewing-gums cachés dans la boîte à gant ont l’air d’avoir apprécié les rayons de ce jeune soleil de printemps, déjà si chaud à travers les vitres. Fenêtre ouverte, l’air frais du dehors adoucit l’ambiance étouffante de l’habitacle qui aurait sûrement préféré m’attendre à l’ombre.

Le quartier foisonne de bruits synonymes de promesses. Des pépiements joyeux des oiseaux, au vent qui fait tomber les premiers pétales de magnolias le long du ruisseau qui chantonne. Tout a éclos d’un coup ou presque. Les premiers bourgeons, les premières feuilles verts tendres et le foisonnement de couleurs du printemps, les prunus, les cerisiers, les cognassiers et quelques arbres fruitiers, dans chaque jardin, du vert, du rose tout doux, du blanc, du violet profond. Trop pour mes lunettes de soleil qui croupissaient dans la boîte à gant. A la menthe donc, les lunettes, aussi.

Un peu en retrait, un peu en hauteur, sur la terrasse devant l’un de ces jardins, il y a moi, debout et un en retrait, un peu en dessous cette fois, un très (vraiment très) vieil homme, drapé à la hâte dans sa robe de chambre polaire.
Le magnolia est incroyable ici, un gigantesque globe tout en pétales blancs bordés de rose. Nombre d’entre eux sont déjà au sol et pourtant, rien n’en terni l’aspect majestueux. En face, un timide cerisier lui répond de ses petits éclats clairs. Les tulipes jaunes, oranges, avec quelques intruses rouge vif se chargent du sol.

Le très vieil homme, lui aussi, a passé l’hiver caché. Recroquevillé au fond d’un lit amoureusement bordé matin et soir. Un lit dont nous nous sommes échinées à le sortir, inlassablement, jusqu’à cinq jours sur sept. De petites victoires en grandes défaites. De glorieux « il s’est levé deux fois hier » aux dramatiques « il ne va pas s’en sortir cette fois » dont il s’est toujours sorti d’ailleurs. Ne me demandez pas comment, je n’ai toujours pas compris.

Du palliatif qui s’est étiré en soins autour d’une fin de vie qui n’en finit pas et qui a donné tout son sens à notre objectif de départ : l’aider à conserver l’indispensable pour qu’il reste maître à-bord, de ses envies, quitte à ce que l’envie soit simplement de se lever pour voir le magnolia planté il y a quarante ans de cela avec son épouse.

Du palliatif, où l’on sait que la moindre poussière dans les rouages fatigués suffirait à tout éteindre mais où rien ne s’est éteint, pourtant. Malgré les rouages très (vraiment très) fatigués et le cœur très (mais vraiment très, très) vieux de beaucoup trop d’années. Malgré la grippe (et oui), les insuffisances rénales aiguës ou moins aiguës et le détail d’un cancer dont on ne se préoccupe plus, probablement du genre gros caillou pour ses maigres rouages.

Un très vieil homme comme un très vieux livre, un peu poussiéreux dont on espère secrètement réveiller la couverture à coup de plumeau ou de rayon de soleil.

Un très vieil homme qui s’est levé aujourd’hui et a enchaîné quelques pas entre quelques pauses mais quelques pas quand même. Qui est assis depuis dix minutes devant ce tableau magnolia-cerisier alors qu’il n’avait pas quitté le lit depuis quelques semaines qui ont duré des mois.

Un très vieil homme dont j’ai cru voir la fin approcher dix fois au moins.

J’hésite. Il est seul avec Madame qui n’est pas très vieille m’enfin, vieille de presque 90 printemps, quand même, pour une heure encore. Il ne pourra pas se recoucher si les forces viennent à lui manquer. Elle ne pourra pas le faire non plus. Une heure. Des semaines/mois alité. Mais le magnolia bordel. Et le soleil.

« Vous sentez-vous capable de rester assis une heure ou préférez-vous que je vous aide à vous recoucher ? »

J’en doute et pourtant je le sens assez présent pour me répondre. D’autant qu’il n’y a rien de mieux dans ces cas-là, que de demander tout simplement l’avis de la personne concernée. Et que plusieurs fois déjà, il a su me dire qu’il ne tiendrait pas.

Et là, devant le magnolia en fleurs, ce très très vieil homme, droit comme un i dans sa robe de chambre rouge foncée, celui qui aurait dû mourir dix fois, qui aurait pu mourir dix fois ces six derniers mois, des dizaines de complications possibles (qu’il n’a pas faites) d’un alitement aussi prolongé, des infections à répétitions, bien faites elles, auxquelles il a réussi à faire face même s’il disait toujours que « Oh non, ça ne va pas », qui ne s'est pas habillé avec des vrais vêtements ni vu dans une glace depuis des mois il m’a regardé de ses yeux voilés de blanc et a dit :

« Non, j’aimerai mieux me raser »


Et j’ai trouvé ça encore plus chouette que tous les magnolias du quartier. 

20 octobre 2016

A mon presque confrère...

T’es mon premier. Le premier que j’embarque dans l’intimité de mes consultations.
Je t’ai ouvert ma porte. J’ai accepté de soumettre mon travail à ton regard.
Et en même temps, le défi que tu représentais, j’ai eu envie de le tenter. Et pour une fois, je suis allée au bout. Je n’ai pas fui. Parce que tu vois, avec Leya, mon double virtuel, anonyme, et tous ces anonymes qui gravitent autour de moi sur Twitter, j’ai beaucoup appris. J’ai grandi. Professionnellement ET humainement. Les deux à la fois. J’ai commencé à penser autrement. Et j’ai aimé la kiné que je suis devenue. Grâce à eux. J’ai appris des choses que tu n’apprendras jamais à l’école ni dans aucun livre d’ailleurs. Des choses trop importantes pour être tues. Ni pour que je les garde rien que pour moi, même si c’est confortable de ne pas avoir à en débattre.

Je t’ai beaucoup regardé. J’avoue. Enormément. Je t’ai bouffé du regard.

J’ai tout vu. Enfin je crois.
Tout ce que j’espérais voir. Tout ce que j’espérais t’avoir transmis.

J’ai vu, presque littéralement, ton cœur battre pour le soin.

Dans notre métier, en libéral, on est toujours un peu isolés. On travaille à plusieurs mais rarement en faisant plus que nous croiser. Le couloir n’est jamais l’endroit approprié pour décharger nos doutes, nos échecs comme nos petites victoires avec les collègues, entre la carte vitale, l’ordonnance à scanner et la radio à lire. A portée d’oreille des patients en salle d’attente.

Mais toi, tout ça, je voulais que tu le voies.

J’ai plein de lacunes techniques. Je n’en fais pas mystère. D’ailleurs la technique ça m’ennuie. Il y a des choses que je ne sais pas faire, que j’essaie de faire quand même et que je rate. Ça ce n’est pas mon vieux syndrome de l’imposteur qui ressort, ni ma confiance maniaco-dépressive en plein pic dépressif. C’est une des plus grandes leçons que j’ai appris de mes copains twitto-bisounours-soignants. Dans ma médecine idéale, l’humilité a beaucoup plus de valeur que l’indéfectible certitude de la réussite. Mes compétences ont leurs limites. Ce qui était une faiblesse est devenu une force.

Je ne suis pas une masseur-kinésithérapeute parfaite (parce que dans notre métier, on n’aura jamais fini d’apprendre) mais humainement, je suis une soignante qui déchire. Simplement parce que je sais dire que je ne sais pas. Ce que plein ne savent pas faire. Si tu savais comme c’est dur parfois pour certains, ça l’a été aussi parfois pour moi. Mille fois plus que de rééduquer un mal de dos. Ce que je foire souvent.

Et pourtant, je voulais que tu le voies. Je voulais que tu comprennes ce métier, que tu le vives, un peu, comme moi je le vis. Sans filtre.

Tu as su voir mes yeux briller. Ma joie sincère quand « ça va mieux ». Tu as commencé à lire toi-même leurs regards, leurs cernes, leurs soupirs. Tu as appris presque tout seul à voir avec ton cœur, la souffrance qui prend toute la place et celle qui doucement s’estompe avec les plis sur leurs fronts, la crispation de leurs épaules, le sens du silence avant qu’ils ne racontent.

Tu t’es laissé toucher par leurs histoires, par leurs peines et leurs victoires. De ta vie à toi, de tes douleurs de gosse et tes succès de cette vie d’adulte qui commence, tu as gardé dans un coin, un œil capable de lire l’amour digne, pudique mais infini d’un aidant à son soigné et vice-versa.

Et franchement, si j’ai pu t’amener à te poser des questions à ce sujet et si tu sais voir un aidant, en deuxième année de kiné c’est que nous sommes une tutrice et un stagiaire qui déchirent. La technique pure, tu l’apprendras en temps et en heure. L’humain, tu l’as en toi, mon boulot ça aura été, tout simplement de t’aider à le mélanger au soignant que tu es en train de devenir. Cool hein ?

Je n’ai pas voulu être ta supérieure. Parce qu’avec un savant mélange de pas-confiance, humilité, réalité et petit syndrome de l’imposteur, je ne me suis jamais positionnée comme ta supérieure. Je disais « mon stagiaire » mais je nous plaçais sur la même marche. Je suis une soignante. Tu allais apprendre à l’être. Le diplôme n’y change rien. J’avais eu le temps de faire un peu plus de chemin et j’avais plein de choses à te raconter sur notre voie.

J’ai bien un peu plus de savoir qui s’est heurté et fondu à quelques années d’expériences. J’ai fait des rencontres, des patients, des histoires, des échecs, des victoires qui ont façonné ce savoir. Qui a grandi, changé, évolué, qui est revenu en arrière sur certains trucs « qu’on fait comme ça depuis toujours parce que ? » et qui reposent sur du vent. Un savoir qui s’est enrichi dans des domaines dont on ne m’avait jamais parlé. La parentalité, le burn-out parental, le dépistage des violences, les aidants, la douleur chronique, la maltraitance institutionnelle envers les soignants et de certains soignants (consciente ou non) envers les soignés.

J’voulais partager cette richesse avec toi.

La technique pure, tu baignes dedans en cours, tu n’as vraiment pas besoin de moi pour l’apprendre. Par contre, pour te faire jouer au funambule entre technique et douleur, j’étais là. La technique c’est simple, c’est linéaire, c’est carré. Un patient, c’est un tout variable, fluctuant, vivant.

Une technique qui impose parfois repos et exercices quotidiens quand en face, ton patient, avant de se reposer, doit d’abord travailler, entre deux aller-retours école-crèche-nounou-médiathèque-docteur-judo-foot-gym-équitation sans oublier le combo cuisine-bain-pyjamas-lecture-dodo.

Des corps qui voudraient du temps pour eux mais des esprits qui n’en peuvent plus d’attendre que leur vie reprenne. Des dizaines d’instants où tu sais ce qu’il faudrait faire mais tu sais aussi que ça ne collera pas avec la personne qui est en face de toi. Avec ses croyances et ses aspirations.

Alors je t’ai bouffé du regard. Et je t’ai vu naître.
J’ai vu l’alchimie, c’était presque palpable.

Tu as pu voir combien il était facile de donner des exercices à faire et combien il était rare qu’ils soient réellement faits. Autant que pour eux de trouver du temps pour les faire. Même quand tu étais sûr de leur en avoir donné le sens.

Tu as vu de la détresse à nu. Des patients que tu avais connus fiers et vaillants s’effondrer, se murer dans un silence moins pénible que les mots qui ne veulent plus sortir. Est-ce notre travail, notre envie d’y arriver ou plutôt la leur, est-ce un brin de chance aussi mais tu as pu voir quelques miracles. Des gens que nous pensions perdus et qui ont fini par remonter la pente alors que nous n’avions plus d’espoir. Je suis ravie que tu aies su mesurer le cadeau que c’est d’accompagner quelqu’un sur une bonne pente.

Je t’ai posé des tonnes de questions parfois loufoques auxquelles il n’existe jamais qu’une seule réponse, je voulais juste que tu y songes. Je t’ai posé des colles sur la distance thérapeutique, sur ce que tu as ressenti quand une dame t’as serré fort contre elle, claquant un bisou sonore sur ta joue. Ce qu’en pensais ton toi-soignant et ton toi-perso. 

Je t’ai demandé de bien regarder comment je me comportais. Tu as vu que pour certains j’avais du mal à faire autre chose que du confort quand pour d’autres – qui réclament souvent, bizarrement je massais moins. Tu m’as vue enthousiaste, motivée, investie puis démunie ou lassée parfois. Je t’ai dit « regarde comment je me comporte, dis-moi si tu vois qu’avec ce patient, le courant ne passe pas ». Tu as vu que j’étais différente. On en a causé un peu. Tu étais d’accord sur le fait que ça n’était pas une bonne chose, que nous devions traiter tous nos patients de la même manière. Et puis je t’ai confié des gens. Certains avec lesquels tu as retrouvé un allant que je n’avais plus, d’autres avec lesquels bizarrement tu t’éteignais. Ce n’était pas une bonne chose mais c’était « plus fort que toi ».

Nous étions d’accord sur « ce qu’il fallait faire » ou « comment il fallait être » et tu as compris à quel point c’était parfois dur à appliquer. Pour chaque patient, différemment pour chaque soignant. Par rapport à tes croyances, aux miennes, à notre propre seuil personnel de tolérance à la plainte de l’autre.

On s’est testés sur le « ne pas rire » quand tout ton toi, toute ta personne se dit combien un patient qui même si pour exprimer sa douleur, gémit comme dans un film qui ne passerait que tard la nuit, c’est vachement drôle. Et en même temps, à quel point tu ne peux et ne doit surtout pas rire.

Tu as senti cette dualité de l’humain et du soignant qui parfois se heurtent mais qui peuvent faire quand l’un se fond à l’autre un travail bien supérieur.

Alors oui, tu m’as posé plein de questions d’anatomie où j’ai dû prendre mon air intelligent devant le patient et te répondre au pif ou de me la péter en te disant « tiens, regardons ensemble dans le bouquin » pour que tu ne vois pas que je n’en savais fichtre rien.
D’ailleurs ça m’a un peu ennuyée que pour plein d’entre eux, tu te poses plus de questions techniques que moi qui ai plutôt l’habitude de tout entourlouper avec un massage. Promis je ferais des efforts. 

J’ai potassé des bilans pendant que tu massais pour te faire croire que je faisais toujours de super-bilans. Evidemment je t’ai rabaché sans cesse combien ils étaient essentiels alors débarquer en disant « j’sais pas faire un bilan lombalgie », ça aurait cassé mon mythe.

Du coup, avec toi, je me suis aussi posée des questions. J’ai repris des consultations là où je les avais laissées trainer et mes patients qui stagnaient ont recommencé à progresser. Et je t’ai remercié.

Je t’ai fait confiance. Pour prendre soin d’eux. Tu m’as fait confiance. Tu n’as pas eu peur de me remettre en question, peut-être parce que je n’avais pas peur que tu le fasses et que je t’ai demandé de le faire. J’ai accompagné tes premiers pas dans ce métier et tu as redressé les miens qui brinquebalaient parfois.

Alors pour tout ça.
Pour l’espoir.
Pour la richesse et la bienveillance de nos échanges.
Merci mon presque confrère.


18 septembre 2016

Toutes les femmes sont...

Elle s’appelle Virginie. En vrai pas du tout mais ici, pour vous, ça sera Virginie. Elle a 33 ans. Elle a enchaîné deux grossesses coup sur coup. Elle vient pour le petit dernier qui n’a pas 3 mois.

Elle a les cheveux courts, teints. Les yeux très noirs. Enfin très bleus et très frangés de noir. Liner, mascara etc... Elle a le teint clair des brunes aux yeux pâles, quelques tâches de rousseurs à l’effet tendre. Sa peau lisse et blanche est nuancée par une flopée de tatouages dont j’admire les traits même si les motifs ne sont pas à mon goût. Ont-ils à l’être après tout ?

Elle est grande et si elle est mince dans les chiffres autant que dans sa taille vestimentaire (36-38 max) elle est … Pulpeuse c’est un peu cliché. Comment dire. Ce qu’on voit en premier chez cette femme, ce ne sont pas les lignes fines de courbes osseuses ou articulaires comme chez les « canons » du genre « mince » mais ses muscles pleins. Ses épaules sont assez carrées, ses jambes généreusement galbées, ses bras sont épaissis par des heures de musculation. L’ensemble est harmonisé, lié par une poitrine ronde qui féminise ses épaules.
Non, je ne peux pas dire qu’elle ait l’air mince même si les chiffres le disent.

Elle a tout testé. Tous les sports. Elle est incollable sur les abdos, mais 500 par jour ce n’était pas assez. Elle a couru mais même le fractionné, ce n’était pas assez. Aujourd’hui elle a trouvé un truc complètement abominable, moi j’en fais 3 d’affilée, je meurs. Elle, elle tient 30 minutes. TOUS LES PUTAINS DE JOURS. Pendant que le petit dort. Moi ça fait trois semaines que je me suis dit que ça serait bien que j’aille à la piscine…

Hélène a 42 ans.

Elle a les épaules larges, les bras épais, un peu flasques et une petite poitrine qui déséquilibre l’ensemble.  Hélène taille du 40 en haut mais sûrement du 44 en bas. Si elle a les chevilles et les jambes fines, elle a les hanches et les cuisses larges, la peau par endroits creusée par la cellulite, le ventre un peu mou et marqué par les deux bébés qu’elle a porté. Elle est rarement maquillée. Elle a de jolis yeux verts mais de profondes cernes bleues qui les bordent. Elle ne refait pas souvent sa couleur, se coiffe peu, on aperçoit ses racines grisonnantes sur ses cheveux ternes. Elle aborde souvent quelques boucles nées sur l’oreiller qui retombent doucement sur ses épaules. Elle a un très joli sourire, des lèvres pleines mais sèches. Son visage est plus marqué par les soucis et la fatigue que par les années. Elle vit à cent à l’heure entre son boulot, ses enfants, le tai-chi, le krav-maga, la piscine et la kiné mais elle a toujours un mot pour rire.

Christine a 48 ans.  

Elle est petite, blonde, un peu bronzée. Au massage, je reconnais l’odeur caractéristique d’une crème autobronzante et les quelques traces qu’elle a laissé sur ses jambes. Elle a une coupe de cheveux moderne qui entoure bien son visage. Elle se maquille peu, mais pas grave, elle a un joli visage malgré ses joues creuses. Le bronzage de son visage est plus naturel, tanné à l’air libre, quelques taches par endroit, quelques rides, plutôt autour des yeux, plutôt des rides de sourires. Elle fait beaucoup de vélo, court un peu aussi de temps en temps.

Elle est très mince, maigre même, si on s’arrête à ses épaules osseuses, ses poignets et sa poitrine peu développée. Elle garde à la taille les stigmates de ses 4 grossesses, le ventre un peu plissé sur un haut de hanche un peu épaissi, les fesses un peu aplaties aussi. Elle a des jambes fines, de tous petits mollets, les genoux ronds, les cuisses droites.


Virginie, Hélène, Christine…

A me lire, vous vous direz peut-être que ces femmes sont ordinaires (comme je peux haïr ce mot), des femmes du quotidien, du genre qu’on croise au supermarché, à l’école, des femmes normales, avec leurs lots de défauts qui les éloignent des inaccessibles canons qu’on érige en modèle.
Pourtant…

Virginie, Hélène et Christine comptent parmi les plus belles femmes de ma patientèle. De celles que tous les hommes ou les femmes qui aiment surtout les femmes, aimeraient croiser en salle d’attente, juste pour le plaisir des yeux, ou le plaisir de se dire, que c’est possible d’être vraiment beau sans vraiment l’être sur le papier.

Virginie, Hélène et Christine sont trois femmes auxquelles je serais fière de ressembler aux mêmes stades de ma propre vie. Moi pour qui la beauté impliquait nécessairement un IMC <19, des bonnets C, des yeux clairs, des jambes parfaitement épilées, une peau veloutée, bronzée, lisse. Sans taches.
Moi qui était si sévère avec les autres et avec moi-même.

Parce que finalement toutes les femmes sont belles…

Virginie est toujours bien apprêtée, de jolies robes courtes, toujours décolletées, un peu de dentelle suggestive, toujours le vernis qui va-bien, même avec un bébé morveux-fatigué-chouinchouin sur la hanche. Des tenues dans lesquelles elle se plaît. Ça la rend belle.

Je n’ai jamais Christine vue en pantalon. Ou seulement, un pantalon très moulant avec de très hauts talons. Elle vient toujours en robe. Des robes colorées, moulantes ou fluides, souvent très décolletées sur son thorax où les côtes se dessinent, faisant concurrence à ses seins si discrets. Des robes qu’elle aime et dans lesquelles elle s’aime, ça se voit. Ça la rend belle.

A vrai dire, je crois qu’Hélène est la plus belle femme de 42 ans que j’ai jamais croisé. La première qui m’a fait réfléchir à ce que j’essaie de vous expliquer ici. Hélène est libre. Libre d’être femme. Libre de se sentir femme, sexy et de le montrer. Sans être vulgaire. Jamais. Même à 42 ans.

Visiblement, il n’y a que moi que ça déséquilibre ses petits seins sur ses larges épaules, elle, elle vient souvent avec de jolis hauts, les bras nus, des robes à bretelles sans manches, pas toujours décolletées qui effacent encore plus sa poitrine. Et pourtant, je la trouve belle quand même.
Elle a des robes sophistiqués, très travaillées, elle fait des associations de couleurs assez osées qui tranchent parfois avec ses cheveux mais après tout…

Ces trois femmes, sans être belles sur l’immonde papier des normes, des cases et des croyances, le sont pourtant. Beaucoup plus que d’autres qui y collent un peu plus à ces foutus normes. Il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi.

Ces trois femmes dégagent quelque chose de différent. Elles laissent derrière elle une impression unique. Une sensation de force implacable, d’assurance. Elles marchent le dos droit, les épaules en arrière, fières, la poitrine ouverte en avant.
Elles ont toutes l’air plus grandes qu’elles ne sont vraiment. Elles en imposent. Absolument femmes. Absolument sûres. Est-ce par le sentiment de liberté qu’elles inspirent ? Par leur authenticité ? Cette impression qu’elles sont pleinement elles-mêmes ?

Elles ne s’excusent pas d’être là. D’être comme elles sont.  Elles vous regardent droit dans les yeux, la tête haute. Elles ne baissent pas la tête parce qu’elles ne seraient « pas assez ceci », « pas assez cela » ou l’autre « trop comme ça». Elles se posent en égales. Absolument à leur place.

Absolument belles. 

25 août 2016

Les 4 accords toltèques - Suite et fin

Ce billet est la suite d’un extrait de texte, débuté ici (introduction, accord 1, accord 2), qui n’a pas grand-chose à voir avec la médecine mais plutôt du développement personnel, les chichis en moins. Cela dit en y regardant de plus près, vous verrez sûrement que l’application de ces accords peut être bénéfique dans nos rapports aux autres, personnels mais pourquoi pas professionnels.

Troisème accord : Ne faites pas de suppositions

 Nous faisons des suppositions sur ce que les autres font ou pensent, forts de quoi nous en faisons une affaire personnelle puis nous leur en voulons (…) et nous finissons par créer tout un drame pour rien du tout.

Comme on a peur de demander des explications, on prête des intentions à autrui, on fait des suppositions que l’on croit être vraies ; puis on défend ces suppositions et on donne tort à l’autre.

Il vaut toujours mieux poser des questions que de faire des suppositions, parce que celles-ci nous programment à souffrir.

Nous supposons généralement que notre partenaire sait ce que nous voulons ; nous croyons donc ne pas avoir besoin de lui dire. Nous pensons qu’il va faire ce que nous désirons, parce qu’il nous connaît bien. Et s’il ne le fait pas, nous nous sentons blessés et lui reprochons : Tu aurais dû le savoir.

Alors là franchement hein… 
Que celui qui ne l’a jamais fait se dénonce, j’offre un massage^^

Nous avons besoin de tout justifier, de tout expliquer, de tout comprendre, afin de nous rassurer. Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure.
Nous ne cessons de supposer, parce que nous n’avons pas le courage de poser des questions.

Si vous vous penchez sur la question, vous risquez d’être aussi surpris que moi. C’est finalement dans mon quotidien beaucoup plus fréquent que ce que j’imaginais. Parce que c’est plus simple, plus rapide de conclure sans demander l’avis du premier concerné. Parce que c’est plus discret, plus facile pour l’égo que d’oser mettre en avant qu’on n’a peut-être pas compris ou compris de travers.
Et la supposition ramène plus vite à l’affaire personnelle et la maltraitance personnelle. Supposez-vous souvent que les autres sont heureux ? Ou cherchez-vous plutôt des signes qui montreraient que ça ne va pas, forcément parce que n’étant pas assez ceci ou cela, vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour ? C’était ma philosophie jusque-là, vous n’imaginerez pas combien, avant d’avoir essayé, c’est délétère, c’est lourd à l’échelle du quotidien. Et combien c’est apaisant de ne plus le faire, tout le temps.

Dans le monde médical, ne cessons-nous pas de supposer la douleur de l’autre et le handicap qui en découle ? Supposer que s’il vient jusqu’au cabinet, c’est qu’il n’est pas SI mal ou que s’il appelle trois fois d’affilée c’est qu’il est exigeant ? Supposer, devant une personne inquiète de son état de santé, que c’est peut-être son inquiétude qui a posé le problème (inquiétude qui aurait réussi le tour de force d’altérer la santé sans exister AVANT que la santé ne s’altère, vous la sentez là l’embrouille ?).

Souvent, lorsque vous démarrez une relation avec quelqu’un que vous aimez, vous devez le justifier. Vous ne voyez en lui que ce que vous voulez bien voir, et vous niez l’existence d’aspects que vous n’aimez pas. Vous vous mentez à vous-même afin de vous donner raison. Puis vous faites des suppositions, l’une d’entre elle étant : mon amour va transformer cette personne. Mais ce n’est pas vrai. Si les autres se transforment c’est parce qu’ils veulent changer et non parce que vous en avez le pouvoir. Puis un incident se produit et vous vous sentez blessé. Vous voyez tout d’un coup ce que vous refusiez de voir avant, désormais amplifié par votre poison émotionnel. Il vous faut maintenant justifier votre douleur émotionnelle en rendant l’autre responsable de vos choix.

Joker. J’vais pas masser deux fois !

Essayez simplement d’imaginer le jour où vous arrêterez de prêter des intentions à votre partenaire puis à toutes les autres personnes présentes dans votre vie. Votre manière de communiquer changera complètement et vos relations ne souffriront plus de conflits engendrés par des hypothèses erronées.
Oui après tout, la vie est assez dure comme ça, pourquoi en rajouter ?

Ayez le courage de poser des questions. Utilisez votre voix pour demander ce que vous voulez. Chacun a le droit de vous dire oui ou non et inversement, vous avez toujours la possibilité de dire oui ou non.

Le jour où vous cesserez de faire des suppositions ou de prêter des intentions à autrui, vous communiquerez de façon propre et claire, libre de tout poison émotionnel, votre parole devient alors impeccable.
Et avec ça, on sauverait l’hôpital. Non ?

Quatrième accord : Faites toujours de votre mieux

Quelles que soient les circonstances, faites toujours de votre mieux, ni plus, ni moins. Mais rappelez-vous que votre mieux ne sera jamais le même d’une fois à l’autre. Les matins où vous vous réveillez frais et débordant d’énergie, votre mieux sera meilleur que lorsque vous êtes fatigué en fin de soirée. Il sera aussi différent selon que vous êtes en bonne santé ou malade, sobre ou ivre, en pleine forme et heureux ou irrité, en colère ou encore jaloux.

Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous agissez contre vous-même avec pour conséquence qu’il vous faut d’avantage de temps pour atteindre votre but. Mais si vous faites moins que votre mieux, vous vous exposez aux frustrations, au jugement personnel, à la culpabilité et aux regrets. 

Rien que ça ! Vous n'en n'avez pas marre ? 

Peu importe que vous soyez fatigué ou malade, si vous faites toujours simplement de votre mieux, il vous est impossible de vous juger (…) de subir la culpabilité, la honte et l’autopunition.

Lorsque vous faites toujours de votre mieux, vous passez à l’action. Faire de votre mieux signifie agir parce que vous en avez envie et non parce que vous en attendez une récompense.
Lorsque vous faites de votre mieux, vous apprenez à vous accepter. En étant conscient, vous pouvez apprendre de vos erreurs. Cela signifie vous exercer, regarder honnêtement les résultats de vos actions, et continuer de vous exercer.  

C’est un point intéressant pour le quotidien mais qui pose question quand on le transpose au domaine médical. On est formés dans la honte de l’erreur, formés dans la prétention de faire partie de ceux qui savent tout et qui ne se trompent jamais. Comment un patient pourrait-il accepter que son médecin ou kiné soit moins bon à la 12ème heure de la journée qu’à la deuxième ? Et en même temps, accepterait-il d’être soigné par un robot qui n’aurait pas d’empathie ?
Comment peut-on nous, commencer à reconnaître que nous sommes faillibles quand c’est le quotidien des autres que nous essayons de soulager, quand ce n’est pas des vies que nous avons entre les mains ?

Vous n’avez pas l’impression de travailler dur en faisant de votre mieux parce que vous prenez plaisir à ce que vous faites. Vous faites de votre mieux, parce que vous le voulez et non parce qu’il le faut.

Chaque jour on se réveille avec une certaine quantité d’énergie mentale, émotionnelle et physique que l’on dépense au cours de la journée. Si nous laissons nos émotions nous vider de cette énergie, il ne nous en reste plus pour changer notre existence ou en donner aux autres.
Lorsque vous êtes en colère, rien de ce que vous voyez ne semble aller. Tout paraît faux, rien ne vous satisfait. Lorsque vous êtes triste, tout vous donne envie de pleurer.

Vous vous sentez peut-être vulnérable et vous avez besoin de vous protéger parce que vous ne savez pas à quel moment vous risquez d’être agressé. Vous ne faites plus confiance à rien ni à personne autour de vous. Cela vient du fait que vous regardez le monde avec les yeux de la peur.

Chaque être humain possède un corps émotionnel entièrement couvert de plaies infectées. Chacune suppure du poison émotionnel, provenant de toutes les émotions qui nous font souffrir telles que la haine, la colère, l’envie et la tristesse.

Il n’est pas nécessaire de continuer à souffrir. Tout d’abord, on a besoin de la vérité pour ouvrir ces plaies (…).  On doit pardonner à tous ceux qui nous ont fait du tort, non pas parce qu’ils méritent d’être pardonnés, mais parce qu’on s’aime tellement soi-même, qu’on ne veut plus continuer à payer pour les injustices passées.

Ce point me semble essentiel dans la prise en charge des victimes de violence notamment. Je n’y ai réfléchi que très récemment, suite à cette lecture et effectivement… Assumer d’être victime mais aussi d’accepter qu’on mérite mieux. Pas que les fautifs méritent notre pardon mais que nous méritons moins de souffrances. Ils ne méritent pas vraiment le pardon mais ne méritent encore moins de leur sacrifier une vie heureuse à une vie de souffrance. Facile à dire. Je sais. 

Vous saurez que vous avez pardonné à quelqu’un lorsque vous serez capable de le voir sans réagir émotionnellement. (…) Lorsque quelqu’un peut toucher l’endroit où se trouvait une plaie et que cela ne vous fait plus mal, vous savez que vous avez vraiment pardonné.

Une par une. C’est un long travail, une longue réflexion. Mais quand on sent quelques plaies se refermer, petit à petit, on réalise combien on pouvait souffrir et combien c’est bon cette baisse de la violence en soi.

La vérité est semblable à un scalpel. Elle est douloureuse, car elle ouvre toutes les plaies recouvertes par des mensonges, afin qu’on puisse vous guérir. Ces mensonges sont un dispositif de déni. (…)
Lorsqu’on est débarrassé de toute plaie, on n’a plus besoin de mentir. Le dispositif de déni n’est plus utile car un esprit sain peut être touché sans que cela fasse mal.

Imaginez vous vivre sans craindre d’être jugé par autrui. Vous n’adaptez plus votre comportement en fonction de ce que les autres peuvent penser de vous. Vous n’êtes plus responsable de l’opinion d’autrui. Vous n’avez plus besoin de contrôler quiconque, et personne ne vous contrôle plus non plus.

Imaginez-vous vivre sans juger les autres. Vous pouvez facilement leur pardonner et vous détacher de tout jugement à leur égard. Vous n’avez plus besoin d’avoir raison, ni de donner tort à autrui. Vous vous respectez vous-même, ainsi que les autres et ceux-ci vous respectent en retour.
Imaginez-vous vivre sans craindre d’aimer et de ne pas être aimé. Vous n’avez plus peur d’être rejeté, ni besoin d’être accepté. Vous pouvez dire : je t’aime, sans honte ni justification.


Imaginez que vous vous aimez tel que vous êtes. Vous aimez votre corps tel qu’il est, et vos émotions telles qu’elles sont. 

A bon entendeur. Bisous