18 septembre 2016

Toutes les femmes sont...

Elle s’appelle Virginie. En vrai pas du tout mais ici, pour vous, ça sera Virginie. Elle a 33 ans. Elle a enchaîné deux grossesses coup sur coup. Elle vient pour le petit dernier qui n’a pas 3 mois.

Elle a les cheveux courts, teints. Les yeux très noirs. Enfin très bleus et très frangés de noir. Liner, mascara etc... Elle a le teint clair des brunes aux yeux pâles, quelques tâches de rousseurs à l’effet tendre. Sa peau lisse et blanche est nuancée par une flopée de tatouages dont j’admire les traits même si les motifs ne sont pas à mon goût. Ont-ils à l’être après tout ?

Elle est grande et si elle est mince dans les chiffres autant que dans sa taille vestimentaire (36-38 max) elle est … Pulpeuse c’est un peu cliché. Comment dire. Ce qu’on voit en premier chez cette femme, ce ne sont pas les lignes fines de courbes osseuses ou articulaires comme chez les « canons » du genre « mince » mais ses muscles pleins. Ses épaules sont assez carrées, ses jambes généreusement galbées, ses bras sont épaissis par des heures de musculation. L’ensemble est harmonisé, lié par une poitrine ronde qui féminise ses épaules.
Non, je ne peux pas dire qu’elle ait l’air mince même si les chiffres le disent.

Elle a tout testé. Tous les sports. Elle est incollable sur les abdos, mais 500 par jour ce n’était pas assez. Elle a couru mais même le fractionné, ce n’était pas assez. Aujourd’hui elle a trouvé un truc complètement abominable, moi j’en fais 3 d’affilée, je meurs. Elle, elle tient 30 minutes. TOUS LES PUTAINS DE JOURS. Pendant que le petit dort. Moi ça fait trois semaines que je me suis dit que ça serait bien que j’aille à la piscine…

Hélène a 42 ans.

Elle a les épaules larges, les bras épais, un peu flasques et une petite poitrine qui déséquilibre l’ensemble.  Hélène taille du 40 en haut mais sûrement du 44 en bas. Si elle a les chevilles et les jambes fines, elle a les hanches et les cuisses larges, la peau par endroits creusée par la cellulite, le ventre un peu mou et marqué par les deux bébés qu’elle a porté. Elle est rarement maquillée. Elle a de jolis yeux verts mais de profondes cernes bleues qui les bordent. Elle ne refait pas souvent sa couleur, se coiffe peu, on aperçoit ses racines grisonnantes sur ses cheveux ternes. Elle aborde souvent quelques boucles nées sur l’oreiller qui retombent doucement sur ses épaules. Elle a un très joli sourire, des lèvres pleines mais sèches. Son visage est plus marqué par les soucis et la fatigue que par les années. Elle vit à cent à l’heure entre son boulot, ses enfants, le tai-chi, le krav-maga, la piscine et la kiné mais elle a toujours un mot pour rire.

Christine a 48 ans.  

Elle est petite, blonde, un peu bronzée. Au massage, je reconnais l’odeur caractéristique d’une crème autobronzante et les quelques traces qu’elle a laissé sur ses jambes. Elle a une coupe de cheveux moderne qui entoure bien son visage. Elle se maquille peu, mais pas grave, elle a un joli visage malgré ses joues creuses. Le bronzage de son visage est plus naturel, tanné à l’air libre, quelques taches par endroit, quelques rides, plutôt autour des yeux, plutôt des rides de sourires. Elle fait beaucoup de vélo, court un peu aussi de temps en temps.

Elle est très mince, maigre même, si on s’arrête à ses épaules osseuses, ses poignets et sa poitrine peu développée. Elle garde à la taille les stigmates de ses 4 grossesses, le ventre un peu plissé sur un haut de hanche un peu épaissi, les fesses un peu aplaties aussi. Elle a des jambes fines, de tous petits mollets, les genoux ronds, les cuisses droites.


Virginie, Hélène, Christine…

A me lire, vous vous direz peut-être que ces femmes sont ordinaires (comme je peux haïr ce mot), des femmes du quotidien, du genre qu’on croise au supermarché, à l’école, des femmes normales, avec leurs lots de défauts qui les éloignent des inaccessibles canons qu’on érige en modèle.
Pourtant…

Virginie, Hélène et Christine comptent parmi les plus belles femmes de ma patientèle. De celles que tous les hommes ou les femmes qui aiment surtout les femmes, aimeraient croiser en salle d’attente, juste pour le plaisir des yeux, ou le plaisir de se dire, que c’est possible d’être vraiment beau sans vraiment l’être sur le papier.

Virginie, Hélène et Christine sont trois femmes auxquelles je serais fière de ressembler aux mêmes stades de ma propre vie. Moi pour qui la beauté impliquait nécessairement un IMC <19, des bonnets C, des yeux clairs, des jambes parfaitement épilées, une peau veloutée, bronzée, lisse. Sans taches.
Moi qui était si sévère avec les autres et avec moi-même.

Parce que finalement toutes les femmes sont belles…

Virginie est toujours bien apprêtée, de jolies robes courtes, toujours décolletées, un peu de dentelle suggestive, toujours le vernis qui va-bien, même avec un bébé morveux-fatigué-chouinchouin sur la hanche. Des tenues dans lesquelles elle se plaît. Ça la rend belle.

Je n’ai jamais Christine vue en pantalon. Ou seulement, un pantalon très moulant avec de très hauts talons. Elle vient toujours en robe. Des robes colorées, moulantes ou fluides, souvent très décolletées sur son thorax où les côtes se dessinent, faisant concurrence à ses seins si discrets. Des robes qu’elle aime et dans lesquelles elle s’aime, ça se voit. Ça la rend belle.

A vrai dire, je crois qu’Hélène est la plus belle femme de 42 ans que j’ai jamais croisé. La première qui m’a fait réfléchir à ce que j’essaie de vous expliquer ici. Hélène est libre. Libre d’être femme. Libre de se sentir femme, sexy et de le montrer. Sans être vulgaire. Jamais. Même à 42 ans.

Visiblement, il n’y a que moi que ça déséquilibre ses petits seins sur ses larges épaules, elle, elle vient souvent avec de jolis hauts, les bras nus, des robes à bretelles sans manches, pas toujours décolletées qui effacent encore plus sa poitrine. Et pourtant, je la trouve belle quand même.
Elle a des robes sophistiqués, très travaillées, elle fait des associations de couleurs assez osées qui tranchent parfois avec ses cheveux mais après tout…

Ces trois femmes, sans être belles sur l’immonde papier des normes, des cases et des croyances, le sont pourtant. Beaucoup plus que d’autres qui y collent un peu plus à ces foutus normes. Il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi.

Ces trois femmes dégagent quelque chose de différent. Elles laissent derrière elle une impression unique. Une sensation de force implacable, d’assurance. Elles marchent le dos droit, les épaules en arrière, fières, la poitrine ouverte en avant.
Elles ont toutes l’air plus grandes qu’elles ne sont vraiment. Elles en imposent. Absolument femmes. Absolument sûres. Est-ce par le sentiment de liberté qu’elles inspirent ? Par leur authenticité ? Cette impression qu’elles sont pleinement elles-mêmes ?

Elles ne s’excusent pas d’être là. D’être comme elles sont.  Elles vous regardent droit dans les yeux, la tête haute. Elles ne baissent pas la tête parce qu’elles ne seraient « pas assez ceci », « pas assez cela » ou l’autre « trop comme ça». Elles se posent en égales. Absolument à leur place.

Absolument belles. 

1 commentaire:

wain" a dit…

magnifique :)

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